la voyageuse de nuit,

de Laure ADLER

      Difficile d’aborder la vieillesse sans susciter de vives réticences... voire de l’ennui. Laure Adler réussit à faire de ce carnet de voyage au pays du grand âge un livre piquant et tendre. Sa réflexion s'enrichit de témoignages d'écrivains, de peintres, de médecins ainsi que d'anonymes. 

      « Oh ma pauvre, tu travailles sur la vieillesse... Comme je te plains, mais qui t’y a obligée ? ». Ce genre de réaction, Laure Adler affirme l'avoir fréquemment suscité à l'énoncé de son objet de recherche et ce pendant les quatre ans qu'aura duré son enquête. La genèse de ce nouveau livre puise dans l'oeuvre de Simone de Beauvoir. Il y a cinquante ans, elle publiait un essai intitulé La vieillesse, et y parlait de cet âge de la vie comme d'"un secret honteux et un sujet interdit ".

Pour Laure Adler rien n'a changé et prendre de l'âge reste un tabou profondément ancré. Dans La voyageuse de nuit, elle avance à tâtons, par questionnements. Qu’est-ce que vieillir ? Pourquoi en avons-nous honte, peur parfois, et pourquoi invisibilisons-nous cette classe d’âge ? 

Ne fuyez pas, ce livre n’est pas un guide pour bien vieillir, ce qui aurait été rasoir à souhait ! Il se traverse plutôt comme un vestibule dans lequel vous croiseriez Marcel Proust, Marguerite Duras, Sénèque ou encore Roland Barthes, qui vous parleraient de leur manière de vivre leur vieillissement et celui des autres. Ce carnet fait aussi la part belle aux anonymes, aux mots et aux images glanés dans les cafés, dans la rue, dans les milieux médicalisés. 

FRONTIÈRES

Il est évident qu’il n’existe pas d'un côté les jeunes et de l'autre les vieux. Nous avons tous dans notre entourage des jeunes vieux et des vieux jeunes. Flaubert, raconte Laure Adler, « le jour de ses trente-six ans, se découvre vieillard ».

Le bonheur ne serait pas non plus l'apanage des jeunes. De nombreux ainés, libérés de la pression sociale, se sentiraient plus libres et plus heureux. Et que dire des Picasso, Titien, Rembrandt et bien d'autres, dont les oeuvres tardives sont des chefs d'oeuvres admirés du monde entier...

Ne serait-il pas plus juste de se fier plus à l'essence qu'à l'enveloppe ? Annie Ernaux, à qui Laure Adler rend visite, lui souffle : " L'important est le sentiment d'exister. J'ai une autre existence que mon existence. L'âge n'y change rien ".  

Pourquoi ne pas prendre exemple sur nos amis espagnols qui parlent des jubilados les jubilants, pour parler de leurs anciens ? 

La voyageuse de nuit, Editions Grasset.

En librairie le 16 septembre 2020.

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