l'anomalie.png

l'anomalie,

d'hervé le tellier

      Les passagers d’un vol transatlantique voient leurs destins scellés par un étrange phénomène de dédoublement. Dystopie noire et décalée, L’Anomalie joue avec les codes littéraires, narratifs mais surtout avec les méandres de votre imagination. 

         À la lecture de L’Anomalie, il y a comme un truc qui vous gêne, qui vous gratte. Vous pressentez un peu qu’on se joue de vous. Malgré cette « dissonance cognitive » vous essayez de comprendre, si tant est qu’il y ait quelque chose à comprendre. Car ce roman n’est peut être qu’une expérience littéraire pour ce membre de l’OULIPO (Ouvroir de littérature potentielle), qui emprunte à Raymond Queneau et Italo Calvino. 

Un vol Paris-New York réchappe à une violente tempête survenue au large de la côte est des États-Unis. À l’atterrissage, la stupeur s’installe : l’avion, son équipage et ses 243 passagers sont ceux du même vol arrivé trois mois plus tôt. Des scientifiques, aidés de représentants religieux, militaires et politiques émettent des hypothèses sur la nature et sur l’origine de cette divergence et tentent de trouver une solution en retrouvant un par un les passagers du « 1er » vol. Le phénomène, tenu secret, ne le sera pas bien longtemps. Chacun tentera de tirer son épingle du jeu, au risque de voir ses secrets les plus intimes dévoilés. On ne peut mentir à son double.

Réalités alternatives 

Le texte, construit en trois parties, mélange volontairement roman noir, roman d’amour, dystopie et farce. Il est scientifiquement et juridiquement documenté, ce qui renforce son effet de réel, en même temps qu’il se détache complètement des codes pour vous poser une question : Et si vous n’étiez qu’un programme ? Un programme pensant, mais bien un programme ? (On pense ici à Matrix).

L'intrigue, prometteuse, n'a pas tenu selon moi ses promesses. Elle se fait rattraper par une accumulation de détails clichés chez ses personnages et une fin pas à la hauteur.   

En ce mois de juin 2021 où se situerait l’intrigue, Victor Miesel, un des personnages du livre, écrit dans son roman qui a lui aussi pour titre L’Anomalie « aucun auteur n’écrit le livre du lecteur, aucun lecteur ne lit le livre de l’auteur. Le point final à la limite peut leur être commun ». Pas sûr que le dénouement du roman vérifie cette hypothèse. 

L'Anomalie a reçu le prix Goncourt 2020.

L'Anomalie, Hervé Le Tellier.

Editions Gallimard

En librairie le 20 août 2020.

> RETOUR